Women in Motion Talk Cannes 2016 Alice Winocour & Uda Benyamin

Prendre son indépendance

Deux réalisatrices françaises réaffirment le pouvoir des femmes

A l’occasion du septième Talk Women in Motion proposé par Kering et le Festival du Cannes en partenariat avec Le Figaro, Isabelle Giordano recevait les réalisatrices françaises Alice Winocour et Uda Benyamina. Les échanges ont notamment porté sur la perception des femmes de pouvoir - et du pouvoir des femmes - dans le cinéma. 

 

Même si, comme le dit Alice Winocour, « la plus grande liberté des femmes, c’est de ne pas être sans cesse ramenées à leur féminité », la place des femmes dans le cinéma reste un sujet dont il faut parler pour faire évoluer les perceptions : la misogynie de l’industrie du film est une réalité, raconte Uda Benyamina, y compris dans les équipes de tournage.

Plus profondément, il s’agit pour les femmes de revendiquer haut et fort leur féminité: « l’idée n’est pas de devenir un homme pour avoir le droit de parler », dit encore Alice Winocour. « Les femmes réalisatrices travaillent beaucoup plus à l’instinct, à l’émotion.», affirme Uda Benyamina

Pour autant, les deux réalisatrices ont pour point commun de s’être affranchies, dans leur filmographie récente, des stéréotypes dont le cinéma a l’habitude : que ce soit à travers des personnages féminins très durs et ambitieux, comme dans Divines, pour Uda Benyamina, ou en explorant des genres cinématographiques catalogués comme masculins – en l’occurrence le thriller – pour Alice Winocour. 

« Le film peut être un outil dans le combat pour l’égalité des sexes », estime Uda. C’est aussi, tant pour l’une que pour l’autre, une forme de création qui leur permet d’exprimer ce qu’elles sont : Alice Winocour évoque sa façon de réinjecter dans des genres cinématographiques apparemment cadrés « des choses qui [lui] sont très intimes » en tant que femme, tandis qu’Uda Benyaminia raconte comment elle a trouvé dans le cinéma « une estime de soi-même » que la vie n’a pas forcément donnée équitablement à tous et que la créativité de nombreuses jeunes filles peut leur permettre aujourd’hui de retrouver. 

Citant Aimé Césaire, Uda Benyamina l’affirme : « L’indépendance ne se donne pas, elle se prend ».  

Compte-rendu réalisé avec la contribution de Kittsie Klaes et Kai Renee Liverpool
Crédits photo : Vittorio Zunino - Getty Images pour Kering