Premier programme de mentorat de Kering en Asie, Anne-Laure Descours et Errial Chiu

Tandem gagnant

Encourager les talents féminins en Asie

À Hong Kong, deux femmes managers viennent d’achever un programme de mentoring d’un an organisé par Kering Asie-Pacifique. Lancée dans la région en 2015, cette initiative s’inscrit dans le cadre du programme Leadership et Mixité, qui vise à encourager le développement des femmes de talent au sein du Groupe. La Chinoise Errial Chiu et la Française Anne-Laure Descours nous ont confié leur expérience.

Pouvez-vous nous parler en quelques mots de vos carrières respectives ?

Premier programme de mentorat de Kering en Asie, Anne-Laure Descours et Errial Chiu

Errial : En 2005, j’ai intégré la marque Gucci, comme assistante publicité pendant six mois, avant de rejoindre Kering en tant que responsable des achats médias, à l’ouverture de notre bureau Asie-Pacifique. Je travaille aujourd’hui aux côtés de Vanessa, responsable du département, avec qui nous sommes en charge des achats médias pour toute la région.

Anne-Laure : J’habite Hong Kong depuis 22 ans. Et en avril, cela fera cinq ans que j’ai rejoint la marque Puma, où j’occupe le poste de directrice monde des achats textile.

Dans quel contexte avez-vous pris part à ce programme de mentorat ?

Errial : L’initiative m’attirait car Anne dispose d’un bagage dans l’univers du sport, tandis que mon expérience porte sur le secteur du luxe. J’y ai donc vu des opportunités « transfonctionnelles » et « transmarques », qui pouvaient m’aider à accroître mon champ de compétences. Anne est en outre très expérimentée, je voulais apprendre d’elle, sans forcément me cantonner à la dimension carrière. Nous avons beaucoup parlé de sujets personnels, de politique et de ce qui se passe aux États-Unis et en Asie. En définitive, il a été autant question d’épanouissement personnel que d’apprentissage.

Anne-Laure : Je considère l’éducation comme essentielle. La transmission des savoirs et l’interaction avec les jeunes générations sont indispensables ; et plus vous avancez en âge, plus ce constat est vrai. J’ai plus de 50 ans. Compte tenu de ce qui se passe dans l’environnement médiatique et des évolutions sectorielles, il est d’autant plus intéressant d’interagir avec les plus jeunes pour comprendre leur univers.

Le mentorat est donc une sorte de coéducation mutuelle. Oui, je transmets un peu de mon expérience à Errial, et notamment de mon vécu en tant que femme, car mener une carrière quand on est une femme n’est pas sans présenter certains défis. Mais, elle aussi, m’apprend beaucoup.

En quoi le mentorring peut-il aider les femmes à évoluer dans leur carrière ?

Premier programme de mentorat de Kering en Asie, Anne-Laure Descours et Errial Chiu

Anne-Laure : J’ai trois enfants et travailler quand on est mère requiert une grande souplesse. Il faut être réaliste : certains sacrifices sont incontournables. J’ai également compris que, plus vous vieillissez, plus vous grimpez les échelons, plus la concurrence augmente et moins vous rencontrez de mères qui travaillent.

J'aimerais que ce que j’ai appris puisse servir à d’autres femmes. Vous le voyez, Errial est enceinte, et il est tout à fait possible de concilier travail et maternité. A nous de transmettre conseils et astuces à la prochaine génération pour lui faciliter la tâche. Les femmes ajoutent une dimension essentielle à l’activité d'une entreprise : aider d’autres femmes à accéder à des postes à responsabilité est donc indispensable.

Errial : Je me rappelle la première fois que nous avons parlé famille, et discuté des moyens de trouver un équilibre entre vie professionnelle et familiale. J’ai 35 ans, et à l’époque je me demandais si je serais capable d'avoir un enfant tout en réalisant mes aspirations professionnelles. Anne a trois enfants, son poste couvre plusieurs marchés, elle voyage très souvent… Alors je me suis dit, si elle y arrive, pourquoi pas moi ?

Je me souviens aussi de la première fois où nous nous sommes rencontrées : nous avons parlé de ce qui pouvait permettre aux femmes d'évoluer dans l’entreprise. Pour Anne, cela passe d’abord par l’entraide entre elles. Je m’efforce d’appliquer ce même principe au quotidien et d’aider d’autres jeunes femmes. Au départ, je pensais ne pas avoir suffisamment d’expérience mais, grâce au programme, je suis devenue plus ouverte à l’idée de partager mes connaissances et mon temps. Non seulement Anne m’a inspirée directement, mais elle m’a aussi incitée à accompagner à mon tour un groupe de femmes plus jeunes.

Premier programme de mentorat de Kering en Asie, Anne-Laure Descours et Errial Chiu

Quels conseils donnez-vous aux femmes qui souhaitent réussir à un niveau senior ?

Anne-Laure : Le réseau joue un rôle important, et entretenir un bon réseau de femmes, tant au sein de l’entreprise qu’en dehors, est essentiel. Je me suis toujours passionnée pour cet aspect, quelle que soit l’organisation dans laquelle je travaillais, et je suis heureuse qu’Errial conseille à son tour un groupe de jeunes femmes. Il n’y a pas de concurrence, il s’agit bien d’un effort collectif, de collaboration. La génération de ma mère s’est battue pour les droits des femmes, et ma génération en profite aujourd’hui. À mon tour de garantir que la prochaine génération jouit elle aussi des mêmes avantages que moi.

S’entraider est crucial car j’ai bien peur que les choses ne soient pas faciles dans les années à venir. La pression et la concurrence sont rudes. Et je sais gré à Kering d’encourager sincèrement les femmes à évoluer. À raison d’ailleurs, puisque d’un point de vue business, la mixité est facteur de réussite.

Errial : Anne m’a également livré quelques conseils, comme des attitudes à adopter au travail ou encore des moyens de renforcer mon leadership. En Asie, les femmes se montrent en effet parfois plus conservatrices qu’ailleurs. Ce type de programme, qui vous met en relation avec une mentore de culture différente, peut vous aider à changer votre état d’esprit et vous encourager à partager votre expérience et à exprimer vos sentiments. En Asie, les entreprises sont souvent très hiérarchisées, mais la relation entre Anne et moi est très fluide, très décontractée. Elle m’a appris à faire les choses différemment, à me montrer plus ouverte et à partager mon avis avec mon manager. Recourir davantage à ce type de leadership « collaboratif », ici en Chine, inciterait certainement les femmes à s’exprimer.

Anne-Laure : Oui, les femmes ont tendance à faire profil bas et éprouvent des difficultés à se mettre en avant. J’espère que ce type de programme pourra les aider à prendre confiance en elle, à gagner en assurance, à affirmer leur singularité et à se démarquer. En général, nous avons tendance à nous excuser plus que les hommes, notamment quand nous avons une famille.
Ce type de programme vise à vous convaincre qu’en tant que femme vous pouvez y arriver !

Allez-vous continuer à vous rencontrer et préserver cette relation ?

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Errial : Je l’espère. Une année, c’est vraiment trop court.

Anne-Laure : Évidemment ! Je souhaite poursuivre nos conversations détendues autour d’un café et continuer d’apprendre. Par sa faculté à jongler entre sa grossesse et son travail dans un environnement très évolutif, Errial est un bel exemple à suivre. C’est une jeune femme incroyable et je tiens à être là pour elle à l’avenir.