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Marque textile Canepa responsabilité environnementale

Filer un bon coton

La marque de textile Canepa emmène la responsabilité environnementale vers de nouveaux horizons

Depuis qu’elle a hérité de l’entreprise qui porte son nom, Elisabetta Canepa travaille d’arrache-pied pour préserver le rang de sa société parmi les leaders de l’industrie textile et réduire son empreinte environnementale. Notre reporter pour K a voulu en savoir plus.

Amoureuse éperdue de la nature depuis son plus jeune âge, Elisabetta Canepa cultive depuis toujours une passion pour l’environnement. La jeune femme a grandi au contact d’une nature magnifiée, sur les bords du lac de Côme, dans le nord de l’Italie. Fille d’un prospère fabricant de textile, elle a néanmoins très vite compris que l’empreinte environnementale laissée par la production de tissus aussi beaux soient-ils n’était guère reluisante.

Marque textile Canepa responsabilité environnementale

Sous sa direction, l’entreprise a donc développé un matériau éco-responsable révolutionnaire en lieu et place des habituels fils plastiques dans les fibres qui permettent d’assembler les tissus. Elle a aussi inscrit Canepa au programme Detox de Greenpeace – faisant de l’entreprise familiale le premier producteur textile dans le monde à rejoindre cette initiative, se réjouit-elle – et cherche à optimiser son invention par le biais de contrats de licence avec des fabricants de vêtements.

Bien qu’Elisabetta n’ait pas encore prévu de prendre sa retraite, ses enfants, Alfonso et Carlotta, pilotent déjà les fonctions clés de l’entreprise et la société familiale se prépare pour la seconde fois à passer sans accroc le relais à la génération suivante.
Canepa SpA a vu le jour en 1966, mais son histoire remonte à 1930, lorsque la famille prend le contrôle de Serica Lombarda. Ses tissus sont utilisés dans les vêtements et les accessoires réalisés par les plus grandes marques du luxe.

C’est en décidant de développer de nouveaux cachemires ultralégers que l’élégante Elisabetta Canepa a lancé la première initiative de l’entreprise pour produire des textiles éco-responsables. « Au lieu de renforcer la fibre avec du plastique, qui est polluant, nous avons décidé d’explorer les alternatives. » Les fils plastiques utilisés pour soutenir les fibres sont généralement composés d’alcool polyvinylique, une substance qui présente la particularité de se dissoudre dans l’eau et de pouvoir ainsi être lavé sur le tissu fini. Mais cette substance est très polluante et son élimination requiert énormément d’eau à une température très élevée, soit un véritable gaspillage.

Un concept éprouvé

En collaboration avec le centre de recherche CNR-ISMAC en Italie, situé à Biella près de Turin, Canepa a développé un nouveau fil renforcé par un matériau dérivé de la chitine. Cette substance naturelle, non toxique, biocompatible et biodégradable, est présente dans l’exosquelette des coquillages, et permet une réduction de 90 % de la consommation d’eau et d’énergie, ainsi que la suppression de la plupart des polluants. L’entreprise a breveté – et développé à l’échelle industrielle – le processus de fabrication de ce nouvel éco-matériau, baptisé SAVEtheWATER-Kitotex.

L’industrie textile est la deuxième industrie la plus polluante du monde, après l’industrie pétrolière.

Les avantages en matière d’environnement des tissus ainsi produits à partir de Kitotex bénéficient également aux consommateurs : les vêtements peuvent être lavés avec moins d’eau et à basse température, ce qui réduit la consommation d’énergie.

Mais ce n’est pas tout : « Nous avons appris par la suite que la chitine présente plusieurs autres propriétés, notamment qu’elle est antibactérienne et qu’elle aide à préserver les couleurs », explique Elisabetta Canepa. Elle est en outre antistatique : inutile d’appliquer des huiles polluantes sur les machines pour éviter que le tissu ne colle dessus. « L’industrie textile est la deuxième industrie la plus polluante du monde, après l’industrie pétrolière. Chacun doit s’engager à agir, et c’est ainsi que nous avons commencé », se réjouit-elle.

Avec son brevet Kitotex – l’une des technologies vertes sur lesquelles l’entreprise travaille actuellement – Elisabetta Canepa a adhéré à l’initiative Detox de Greenpeace, une campagne qui vise à créer une chaîne de la mode transparente et débarrassée des substances toxiques.

« Pour l’heure, nous utilisons Kitotex sur certaines parties des étoles et sur les laines les plus fines et les plus légères. Nous allons l’appliquer dans le futur au coton et à la soie. La chitine étant un liant naturel, nous étudions son emploi dans les ateliers de sérigraphie également. »

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Une fabrication durable en Italie

Elisabetta Canepa ne manque pas d’ambition et souhaite développer des matériaux durables. « D’autres brevets sur lesquels nous travaillons concernent la teinture de la soie, pour laquelle nous cherchons à éliminer l’utilisation des chlores et de la méthacrylamide ainsi qu’à réduire l’utilisation d’eau. Nous travaillons également sur un nouveau matériau retardateur de flamme. »

« Pourquoi tout ça? Parce que je pense sincèrement que les producteurs portent en eux cette responsabilité de polluer moins. C’est une caractéristique qui nous distingue, et prouve à nos clients qu’il vaut mieux produire en Italie qu’ailleurs. » Elisabetta Canepa croit dur comme fer à la notion du « Made in Italy ». « Notre savoir-faire est unique et reconnu dans le monde. Notre créativité et notre capacité à produire, à échelle industrielle, des produits de qualité artisanale, est sans égal », s’enthousiasme-t-elle.

Canepa prévoit notamment de développer Kitotex (et les autres technologies durables sur lesquelles le Groupe travaille) par le biais d’accords de licence. En février 2015, à l’occasion du salon du textile Milano Unica, l’entreprise a annoncé son premier contrat avec Italdenim, une société qui produit des denims très consommateurs d’eau.
L’entreprise cherche maintenant à élargir le champ d’application de Kitotex à des segments comme les chemises et le linge de maison - draps et rideaux semblant être particulièrement adaptés – afin d’étendre la notion de licence.

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Faire le choix de l’avenir tout en préservant le passé

A la tête de sa « petite » entreprise, Elisabetta Canepa est très occupée. Mais elle trouve quand même le temps de travailler sur un autre projet : « un musée unique de la mode » pour ses clients et ses collaborateurs, recensant 15 000 volumes et documents anciens, dont certains remontent à la moitié du XIXème siècle. « Ces 25 dernières années, j’ai compilé un fonds d’ouvrages, de magazines et autres supports que nos designers utilisent afin de trouver l’inspiration pour nos nouvelles collections. Quand je tombe sur un ouvrage qui m’intéresse, je l’achète et je le place dans les archives, qui sont également ouvertes à nos clients, qui peuvent s’en servir pour leurs recherches. »

Les gens pensent qu’une femme entrepreneure est forcément une hyène.

« Ce fonds a été créé en collectant des matériaux variés, mais aussi quelques objets plus hétéroclites à l’instar de ce jeu de cartes chiné dans un marché aux puces avec des dessins pour des rideaux aux formes géométriques, provenant d’un camping-car des années 1970. Partout où je vais, en France, en Allemagne ou en Amérique, je recueille de la matière et j’achète tout ce qui m’étonne. L’usage n’est pas nécessairement immédiat, mais au bout de dix ans parfois, vous constatez que les choses prennent sens. »

Son travail quotidien est très varié, et être une femme entrepreneure en Italie ajoute sans doute son lot de complications : « Je ne vois pas tant de différences que ça, même s’il vous faut être plus crédible ». Mais dans un rire, elle ajoute : « Les gens pensent qu’une femme entrepreneure est forcément une hyène. »
Chez Canepa, nuance-t-elle, « il y a environ 70 pour cent de femmes contre 30 pour cent d’hommes. » Pour elle, au-delà la question hommes/femmes, c’est être entrepreneur qui pose aujourd’hui problème en Italie : « c’est dur, c’est vrai. »

Une question de vitesse

Si Canepa oriente son entreprise sur la voie du développement durable, elle n’en fait pas non plus une obsession. « Ma vie est relativement normale, je ne suis pas du genre à me réveiller le matin en agitant le spectre du développement durable, mais j’apporte ma pierre à l’édifice. Je fais attention à ne pas gaspiller, car je déteste la surconsommation. Nous devons mener notre existence en respectant une certaine éthique : ni trop, ni trop peu. » La chef d’entreprise aime les belles choses, et confesse même son faible pour les bolides : « Je n’aime pas les véhicules hybrides car j’aime les voitures qui peuvent aller vite et négocier sans faille les lacets en montagne ». Elle déclare aussi vivre « dans une belle maison », sans aucun doute plus qu’un euphémisme.

Elle résume ainsi sa recette en matière de développement durable : « Tout est une question d’habitude : chacun peut apprendre à moins polluer sans avoir pour autant à se lancer dans des choses étranges. Ne jetez pas dans la rue, faites le tri et recyclez, ne fumez pas. Il suffit de faire le premier pas. Le reste suivra tout seul. »

 

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