Développement Durable
jeudi 11 décembre 2014

Un Jublié d'Or

En 1964 la plus ancienne et la plus importante organisation environnementale globale du monde, l' Union internationale pour la conservation de la nature, a créé une liste rouge. La Liste Rouge a pour but de protéger nos écosystèmes en identifiant des espèces menacées. 

Aujourd'hui l'UICN et Kering célèbrent cette 50e anniversaire de la Liste Rouge lors d'un évènement à Paris. Pour mieux comprendre les enjeux liés à la question de la biodiversité, retrouvons l'interview de Dr. Helen Crowley's dans K magazine. 

 

"Le commerce de peau de python existe depuis près de 80 ans mais c’est bien au cours de ces vingt dernières années que la demande s’est considérablement accrue, depuis que le motif remarquable du python lui a valu de devenir le nec plus ultra en matière de haute couture. Les plus grands importateurs sont l’Italie, l’Allemagne et la France, qui l’utilisent pour la maroquinerie. Les articles sont ensuite vendus dans le monde entier, de plus en plus auprès des clients asiatiques dont le chiffre d’affaires a augmenté de 25 % ces dix dernières années.

Près de 500 000 peaux sont exportées chaque année depuis le sud-est asiatique, pour une valeur totale estimée à plusieurs millions de dollars. De manière préoccupante, le commerce illicite représente un montant équivalent. Et c’est justement là que le bât blesse.

Le commerce de peau de python peut contribuer de manière très positive aux moyens de subsistance locale et aux économies nationales. La consommation dépasse toutefois clairement la capacité à encadrer et à réguler le secteur. Et nous commençons seulement à nous en inquiéter. La nécessité se fait sentir d’une plus grande transparence et d’une meilleure traçabilité, afin d’assurer durabilité et protection des serpents à l’état sauvage. Mais à quoi ressemble un python « durable », et comment contribuer à ce commerce dans son ensemble, afin de garantir qu’il est viable et a un impact positif ? Qui plus est quand le serpent est également utilisé pour l’alimentation, la médecine et la production d’instruments de musique traditionnels chinois. Le fait que la chaîne logistique du luxe ne soit pas le seul acteur concerné complique ainsi un peu plus la donne.

Pour bâtir un commerce durable, nous devons être en mesure de répondre à quatre questions principales : premièrement, le python capturé à l’état sauvage est-il durable ? Par exemple, quels sont les systèmes de contrôle que nous pouvons mettre en place afin de garantir que les pythons capturés à l’état sauvage dans des régions comme l’Indonésie le sont d’une manière qui n’ait pas un impact négatif sur les populations sauvages ?

Deuxièmement : un élevage en captivité est-il viable, et ne sert-il pas uniquement de couverture pour « blanchir » les peaux capturées dans la jungle ? Il faut au moins un an à un python, notamment le python birman et le python réticulé (ou géant) – deux des plus grands serpents du monde –, pour atteindre sa taille adulte de trois mètres. D’où la tentation de le capturer à l’état sauvage. Celui-ci représente en outre une source de revenu alternative pour les populations pauvres. Par exemple, malgré des exportations de peaux à grande échelle, supposées de « sources en captivité » dans certains pays comme le Laos, le Cambodge et la Malaisie, les preuves sont minces pour attester de la réalité des élevages de pythons.

Troisième question, et ce, quelle que soit la réponse aux deux premières, les pythons sont-ils traités et tués sans cruauté ?

Enfin, l’approvisionnement en python est-il réellement une solution durable pour les communautés rurales, souvent pauvres, comme cela semble être le cas ? De fait, la biodiversité (animale et végétale) sert souvent tout à la fois de source de revenus, d’alimentation et de médicaments pour ces populations.

À l’évidence nous pouvons améliorer les échanges et optimiser ce commerce pour faire qu’il profite à tous. Une approche globale est nécessaire, de même que des recherches complémentaires pour déterminer les avantages et les impacts sur les moyens de subsistance, y compris la préservation du python sauvage. J’attends avec impatience le jour où nous serons sûrs que tous les pythons sont produits de manière durable, traités avec respect et qu’ils contribuent aux moyens de subsistance des communautés locales. Nous pourrons alors nous montrer satisfaits de ce que nous faisons – pour les pythons comme pour les hommes."

 

Pour en savoir plus sur la Liste Rouge...